

Noces - huile sur toile | 60 F

Noces - huile sur toile | 80 M

Grand-mère bleu - huile sur toile | 60 F

Vièrge à l'enfant - huile sur toile | 10 F

Place des Cordeliers - huile sur toile | 60 F

Ma tribu - huile sur toile | 100 F

La boucherie - huile sur toile | 60 F

Fronts populaires - huile et feuilles d'or - 146x114 cm
L’avenue Faidherbe monte et descend, nous sommes à Montreuil sous Bois dans l’ancien quartier des murs à pêches.
Ici au 14, le portail rouillé sonne la cloche, un chemin de ciment nous mène.
Claude leguay et sa famille habitent une maison de bric et de broc sur les hauteurs, jadis, sans doute un abri pour maraichers transformé en « maison née ».
A quelques mètres, en face, l’atelier.
Au rez de chaussée, la buanderie joue réserve à tableaux, un escalier brut de béton, nous y sommes.
A l’étage, une pièce haute et claire s’ouvre sur le jardin, au centre un cerisier
Claude m’attend en tenue de peinture, blouse de boucher et sabots suédois…… Sommes au cœur du sujet……canapé
La blouse, c’est celle de son grand père, boucher de la boucherie Berton à Laval.
« Cette boucherie, c’est un lieu d’enfance,
mon grand père nous emmenait dans sa camionnette et on beuglait quand il nous conduisait à l ’abattoir . »
Au sol une toile de la boucherie Berthon tirée d’une photo de famille.
Devant la boutique, on retrouve ses oncles et tantes, son grand père en blouse convoqués à ce gras rendez vous comme consacrés, remémorés, nécessaires.
A l’arrière plan, au milieu des carcasses, elle y a peint comme un secret, une illusion, un pendu, lui semble –t-il.
« Des comptes à rendre, qu’est ce qui s’est passé, j’ai besoin de comprendre »
Derrière les carcasses suspendues, sous la peinture git un pendu …repentir.
Au pied du chevalet, quelques taches de peinture, sur le chevalet, une autre toile tirée d’une autre photo, des femmes cette fois en robes longues, posant dans la rue.
« Claude, c’est le nom d’un ami de mon père tué à la guerre d’Algérie, deux balles dans le dos, il l’aimait beaucoup. »
Bouffée d’enfance presque sombre car il ait des histoires qui remontent et que c’est l’heure des comptes. Claude est en conte avec elle-même et l’œuvre se fait chair, ancrée dans un retour aux sources, profonde et sourde comme un puit.
Au mur des paysages au pastel sec de l’été d’avant.
L’été, Claude quitte Montreuil pour vagabonder.
Par les collines, les chemins, sombres et colorés rappellent l’étrange saison d’ombre et de lumière, elle roule, repère…….tour de France.
L’été, Claude, voyageuse constitue le bloc note des décors d’hiver. A la craie sèche, sur feuilles de carton et pastel card, dans la solitude du monde, plein air elle dresse des paysages ronds et charnus aux teintes vives et douces.
A l’huile l’hiver sur toiles empattées ces mêmes paysages servent de décor à des scènes inspirées de rêves, de moments de vie familiale , de réminiscences, de mythes qu’elle sait grecs…..Tableau.
« Ce que m’amène un paysage, c’est la tranquillité, la rêverie, il se livre avec son écriture et je n’ai plus qu’à déchiffrer, la façon dont est plantée une haie, un arbre, j’ai juste à regarder, à transcrire les signes, rien à construire. «
Au mur, toujours au pastel sec des portraits, des natures mortes composées d’objets familiers, de chinoiseries ( on pense à Emil Nolde ), de bêtes à manger : saumon, choux pour la soupe du soir, menu du jour, à voir , à manger.
L’atelier comme annexe où croquer, se nourrir du visible, digérer, rendre et restituer, tenir le vécu comme journal de bord.
Sur le mur d’en face comme d’enfance, des tableaux de nuit peints à l’huile….. électriques.
« Quand j’étais petite, j’étais gravement insomniaque, je faisais beaucoup d’histoires pour dormir, je ne comprenais pas la différence entre le jour et la nuit. J’étais fascinée par la nuit éclairée, les grands boulevards, les magasins éclairés, les phares des bagnoles, la modernité, la ville. Des couleurs très fortes qui sortent d’un fond sombre comme hypnotiques. J’aime rouler, me promener seule dans la nuit, ce moment d’arrêt de transformation où la réalité se livre comme suspendue .Pour moi, la nuit, contient en elle un pouvoir de refuge. Le message est divin, l’écriture est magnifique. »
Dans un placard vitré, des figurines en terre vernissée, entassées.
Personnages chevauchant ou portant des animaux composent des scènes insolites.
« Je dois beaucoup de choses à ma culture classique,(le grec, le latin au lycée) la littérature , la culture orientale…..Les mythes m’intéressent, il y a de l’archaïsme en moi, du païen, et j’ai par ailleurs une culture chrétienne.
Petite, j’ai beaucoup voyagé dans toute l’Europe..
Mon père nous emmenait souvent au musée, il était relié à l’histoire, l’art et l’histoire des guides Michelin, du Touring club.
Moi j’y voyais, les histoires, les histoires de l’art. »
Pour les incarner, leur donner du volume, les faire résonner dans l’espace, Claude qui a longtemps travailler la pate à bois se tourne vers la terre.
Céramiste, Claude va au four pour mieux comprendre et répéter. L’acte de la mise au monde.
L’objet qui sort du four est une création, la terre cuite est source d’énergie et de mystère.
Dans l’euphorie et la jubilation elle multiplie, accumule des récipients ornées de personnages et petites scènes animalières offrant des rêves aux convives .
La table devient chargée d’histoires, de formes à gouter mais peut on se nourrir de pots ?
L’œuvre de Claude est une œuvre à vivre et c’est là bien sa spécificité.
En face de l’atelier, il y a une maison, la sienne avec un frigidaire, un piano, un buffet ornés de scènes bucoliques, d’autres objets, d’autres meubles pourraient être menacés d’être un jour repeints à neuf.
Où se situent les frontières entre cet atelier et cette maison.
Un peu n’importe où si tant est qu’elle mette tout le monde d’accord et là n’est pas la question.
L’artiste Claude habite et peint en pleine confusion des lieux et supports. Toute entière et débordante un tablier de cuisine sur une blouse de boucher, spatule, couverts et brosses à découvert.
Claude raconte et se raconte, toute entière, cosmique. L’atelier, le jardin, la maison constituent le périmètre de cette œuvre formidablement présente, concrète en marche telle machine à coudre, moissonneuse batteuse en prise avec un monde certainement campagnard.
Le portail grince à nouveau, me voici sur le trottoir d’une ville que je reconnais à peine.
Myriam Boccara